{"id":1958,"date":"2022-09-05T11:20:29","date_gmt":"2022-09-05T11:20:29","guid":{"rendered":"https:\/\/nalinnes.org\/?page_id=1958"},"modified":"2022-09-09T09:02:03","modified_gmt":"2022-09-09T09:02:03","slug":"la-bataille-du-tordoir","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/nalinnes.org\/?page_id=1958","title":{"rendered":"La Bataille du Tordoir"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized is-style-default\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/nalinnes.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/tordoir.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-1960\" width=\"392\" height=\"520\" srcset=\"https:\/\/nalinnes.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/tordoir.png 570w, https:\/\/nalinnes.org\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/tordoir-226x300.png 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 392px) 100vw, 392px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-uagb-container uagb-block-c9e557c4 alignfull uagb-is-root-container\"><div class=\"uagb-container-inner-blocks-wrap\">\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-background\" style=\"background-color:#8dd2fca3\"><strong>C\u2019\u00e9tait en hiver 1953, \u00e0 la bataille du Tordoir.<br>J\u2019avais post\u00e9 mes hommes sur une colline, \u00e0 la source du ruisseau le \u00ab Tiche qui coule \u00bb.<br>Les Cocos (les habitants de Cour\/sur\/heure) s\u2019\u00e9taient retranch\u00e9s dans la vall\u00e9e, plus exactement \u00e0 la \u00ab Taille \u00e0 pipe \u00bb.<br>Mon premier Sergent, l\u2019Adjudant d\u2019infanterie de premi\u00e8re classe Albert Seuranne \u00e9tait juch\u00e9 sur son cheval guettant le moindre mouvement des troupes ennemies.<br>Pour effrayer ceux d\u2019en face, j\u2019avais allum\u00e9 mon mange-disque et fait passer en boucle et \u00e0 fond, \u00ab le petit Quiquin \u00bb de Claude Barzotti.<br>Ma troupe, enfin devrais-je dire, le reste de ma troupe car je devais regretter la perte de 50 % de mon effectif apr\u00e8s une embuscade \u00e0 l\u2019All\u00e9e des officiers (qui deviendra plus tard une art\u00e8re plus importante, la Route des Grad\u00e9s) s\u2019\u00e9tait terr\u00e9e dans des tranch\u00e9es et dans les branches des arbres environnants.<br>Malgr\u00e9 la cacophonie du petit Quiquin, on entendait distinctement les Cocos entonner leur chant de guerre \u00ab : \u00ab Les Marloyats c\u2019est du caca \u00bb.<br>Moi \u00ab Seuranne ne voyez-vous rien venir ? \u00bb<br>L\u2019Adjudant \u00abJe ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l\u2019herbe qui verdoie \u00bb<br>Moi \u00abVous allez bien Adjudant ? Un petit coup de froid ? Prenez donc un grog mon vieux !\u00bb<br>Je le voyais sourire niaisement. Je me demandais pourquoi.<br>Les batteries de mon tourne disque \u00e9taient mortes ; les Cocos avaient cess\u00e9 leur chant lancinant.<br>Le silence r\u00e9gnait si ce n\u2019\u00e9tait que quelque flatulence lanc\u00e9e \u00e7\u00e0 et l\u00e0 par certains de mes hommes qui, du plus profond de leur tranch\u00e9e, rappelaient \u00e0 leurs coll\u00e8gues la gamelle du matin faite de f\u00e8ves, de haricots et de lard. La situation \u00e9tait pour le moins cocasse. Par un pet rappelant le son d\u2019une cornemuse dans la campagne \u00e9cossaise, un autre lui r\u00e9pondait au bruit d\u2019un solex mal entretenu. Un autre, lanc\u00e9 du haut d\u2019une branche faisait croire \u00e0 la pr\u00e9sence de corbeaux tandis que, parfois, on pouvait deviner une tentative avort\u00e9e qui se terminait mal, mouill\u00e9e, triste au fond d\u2019un cale\u00e7on souill\u00e9 pour toujours.<br>Je demandai \u00e0 mes hommes de faire cesser ces conversations annales, non-pas qu\u2019une pudeur malvenue m\u2019e\u00fbt soudain touch\u00e9e, mais bien parce que je craignais que les Cocos entonnassent \u00e0 nouveau leur d\u00e9sesp\u00e9rante chanson, ce qui e\u00fbt rendu la situation d\u2019un ridicule burlesque, ce que je voulais \u00e9viter \u00e0 tout prix.<br>Je d\u00e9sirais parlementer avec l\u2019officier qui commandait les cocos. Je demandais donc \u00e0 la ronde un linge blanc en guise de drapeau.<br>L\u2019on me passa un tissu malodorant d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une \u00e9norme tache verd\u00e2tre en son centre. J\u2019identifiai de suite la provenance de l\u2019objet. Craignant \u00e0 nouveau les quolibets, j\u2019attachai la \u00ab chose \u00bb \u00e0 mon fusil et le balan\u00e7ai dans les airs redoutant sans cesse qu\u2019une coulure de liquide inf\u00e2me tomb\u00e2t sur mon front ou pire. Mais le tissu assez absorbant tint bon et la garde ennemie ne vit que le pourtour immacul\u00e9 de mon drapeau de fortune.<br>Moi (tr\u00e8s haut) \u00ab Je demande \u00e0 parlementer avec votre officier \u00bb<br>J\u2019entendis des chuchotements et, au bout de deux minutes on me r\u00e9pondit d\u2019avancer sans armes et les bras lev\u00e9s.<br>Je me d\u00e9barrassai donc de mon \u00e9tendard merdal, content de ne pas devoir l\u2019emmener dans l\u2019autre camp et, surtout heureux de pouvoir rel\u00e2cher les narines qui commen\u00e7aient \u00e0 me faire souffrir apr\u00e8s plusieurs minutes de contractions.<br>Au fur et \u00e0 mesure de mon avance, je sentais moi aussi poindre la digestion des haricots du matin et atteindre les fronti\u00e8res de mon sphincter, mais je pu me contenir, heureusement.<br>A mon grand \u00e9tonnement, je reconnu la m\u00eame odeur que je venais de quitter. J\u2019\u00e9tais soulag\u00e9 (d\u00e9sol\u00e9 pour l\u2019expression) que nous ne f\u00fbmes pas les seuls \u00e0 souffrir des effluves collat\u00e9raux aux f\u00e9culents end\u00e9miques.<br>Le grand officier qui me regardait venir \u00e9tait un Commandant, comme moi. Je voyais un rictus de contenance f\u00e9cale poindre sur son visage rubicond. Il se tortillait sur les jambes, de gauche \u00e0 droite, essayant maladroitement de cacher le mal qui se rappelait sans cesse au plus profond de nos fondements respectifs.<br>Je saluai ; il fit de m\u00eame puis me sera la main.<br>Lui \u00ab Commandant J\u00e9r\u00f4me Trou de Chatte \u00bb, enchant\u00e9.<br>Moi \u00ab Commandant Eloi du Moindre et Fort \u00bb, ravi de vous rencontrer malgr\u00e9 les circonstances.<br>Lui dis-je avec le sourire. Il eut du mal \u00e0 sourire. Il toussait sans cesse. Je cru un instant que le froid qui s\u2019\u00e9tait empar\u00e9 de nos campagne en cet hiver sib\u00e9rien avait eu raison de sa sant\u00e9 mais je compris, suite \u00e0 une mauvaise synchronisation de sa toux, qu\u2019il voulait voiler pudiquement des bruits incongrus par un autre plus fort.<br>Mon but \u00e9tait de proposer un retrait des deux c\u00f4t\u00e9s. L\u2019attente n\u2019avais que par trop dur\u00e9. Nous \u00e9tions de force \u00e9gale et nous voulions tous retourner dans nos villages en attendant des ordres plus clairs de notre hi\u00e9rarchie. Je crois qu\u2019il fut de fait sensible \u00e0 ma proposition, content d\u2019avoir une chance de pouvoir enfin retrouver les siens, ne fut-ce qu\u2019une journ\u00e9e ou deux.<br>Le probl\u00e8me \u00e9tait notre sacrosainte fiert\u00e9 militaire. Aucun de nous ne voulant tourner le dos en premier pour s\u2019en aller retrouver veaux, vaches, cochons, couv\u00e9es et Nintendos DS.<br>Lui \u00ab Je vous propose ceci : Tirons-le \u00e0 la \u00ab je te tiens, tu me tiens par la zigounette\u00bb<br>Dit-il, cette fois-ci, en \u00e9chouant lamentablement dans sa tentative de couverture sonore. Une courte toux, suivie d\u2019un long et \u00e9trange pet qui n\u2019\u00e9tait pas sans rappeler le premier couplet d\u2019avoir un bon copain \u00bb De Jean Boyer, interpr\u00e9t\u00e9e par Henry Garat dans les \u00ab Chemins du Paradis \u00bb sorti vingt-deux ans plus t\u00f4t.<br>Moi \u00abd\u2019accord lui dis-je . Mais vous comprendrez que, le froid r\u00e9gnant, nous ne pouvons risquer de sortir nos \u2026 instruments. Visons-plus haut et tenons-nous le menton.\u201d<br>Lui \u201cfaisons comme vous le proposez commandant\u201d<br>C\u2019est ainsi que, par glissement sib\u00e9rique, le jeu est devenu ce qu\u2019il est de nos jours.<br>Je perdis ; non pas que je fusse inf\u00e9rieur \u00e0 ce jeu (j\u2019avais gagn\u00e9 maintes fois la bistouquette d\u2019or haut la main) mais bien parce que Trou de chatte continuait son duo canonique fait d\u2019une toux suivie de rots intestinaux qui laissaient pr\u00e9sager une grandes mar\u00e9es noires dans les braies, gu\u00eatres et, peut-\u00eatre chaussettes de mon concurrent d\u2019un instant.<br>Je lui serrai la main et m\u2019en retournai dans mon camp, fredonnant toujours la chanson que m\u2019avaient inspir\u00e9es les brises musicales du Commandant. Je crois d\u2019ailleurs que j\u2019en terminai le dernier refrain usant du m\u00eame instrument goutant au plaisir d\u2019avoir pu \u00e9viter une issue fatale dans mes propres culottes.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-text-color has-background\" style=\"background-color:#8dd2fca3\"><strong>Nous quitt\u00e2mes donc la for\u00eat, ma compagnie vers Fontenelle, Trou de Chatte et les siens vers leur village, laissant parfois \u00e9chapper des fumets dont longtemps je crois, les h\u00f4tes de ces bois se souviendront\u2026.<\/strong><\/p>\n<\/div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"default","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-gradient":""}},"footnotes":""},"class_list":["post-1958","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1958","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1958"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1958\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2057,"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1958\/revisions\/2057"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/nalinnes.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1958"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}